De la ferme à l'arrivée sur le champ de bataille


Ce 1er août 1914, un si beau jour d'été

En cette fin d’après-midi du samedi 1er août 1914, le temps est beau, très chaud et même lourd. Les habitants sont dispersés dans les prés et profitent de cette belle météo pour effectuer les travaux des champs, assez rapidement par crainte d’un orage.
Soudain on entend sonner le tocsin repris en écho au lointain par celui des villages voisins.  Tous restent figés sur place se dévisageant. Puis les hommes descendent au Bourg. Là, une foule se presse devant la mairie pour lire l’affiche placardée sur la porte.

C’EST L’ANNONCE DE LA MOBILISATION GENERALE !

L’information se répand dans tout le village. Les hommes âgés de 24 à 47 ans savent qu'ils vont devoir rejoindre la caserne qui est indiquée dans leur fascicule de mobilisation.
Les visages sont graves, les femmes pleurent. Les hommes ne sont pas joyeux, ils vont devoir partir et laisser leurs familles et les champs. Dans le village, il ne restera que les femmes, les enfants et les hommes âgés. Qui s’occupera des travaux agricoles en leur absence ?

Cependant ils sont résignés et leur sentiment patriotique est très important. Tous ont à cœur de faire leur devoir ‘’en bon Français’’ et de défendre leur patrie. Ils pensent que la guerre sera courte et qu’ils seront de retour pour les labours. De retour chez soi, chacun consulte son livret militaire où sont indiqués le jour où le soldat doit se présenter à la caserne et de quelle caserne il s'agit (pour la plupart d'entre eux Magnac Laval).

Départ pour la caserne

Dés le 2 août, après avoir embrassé leur femme et leurs enfants et donné les derniers conseils pour la marche de la ferme, le baluchon sur l’épaule avec un jour de vivres, ils partent, très souvent à pied, vers Magnac Laval, saluant une dernière fois leur famille au détour du chemin.

Qui a été mobilisé à Saint Amand ?

Les classes 1911, 1912 et 1913, (hommes nés entre 1891 et 1893) sont encore au service militaire dans l’armée d’active. Les classes 1900–1910 (hommes nés entre 1880 et 1890) réserve de l’armée active, les classes 1893-1899 (hommes nés entre 1873 et 1879) armée territoriale, les classes 1887-1892 (hommes nés entre 1867 et 1872) réserve de l’armée territoriale sont rappelées sous les drapeaux, à l’exception très rare d’exemptés et de réformés.
Ce sont près de 310 hommes de Saint Amand qui vont être envoyés sur le front en ce mois d’août 1914.

A ceux-là, viendront s’ajouter au fil des années de guerre, les hommes des classes 1914 à 1919 appelés par anticipation . Au total ce sont plus de 400 hommes qui ont été mobilisés durant toute la guerre

De la caserne au champ de bataille

Les hommes mobilisés (24 à 47 ans) appartiennent à l’armée de réserve ou territoriale. La mobilisation va s’effectuer sur 4 jours pour les réservistes et 8 jours pour les territoriaux. Les hommes ont gagné la caserne de Magnac Laval par leur propre moyen, souvent à pied. Dès leur arrivée à la caserne, ils reçoivent l’habillement, l’équipement en effets neufs et leur armement.

Le 6 août, le 338ème régiment d'infanterie, régiment de réserve, (hommes de 24 à 33 ans) quitte Magnac Laval à pied sous les acclamations de la population pour embarquer dans l’après-midi à la gare du Dorat. Le 7, il débarque à la gare d’Ivry et part à Gonesse en cantonnement où il arrive après une marche pénible sous la pluie. Du 8 au 23 août, le régiment est cantonné en région parisienne où il effectue des exercices d’entraînement. Le 25 août il embarque pour Arras.  A partir du 26 août il est en première ligne.

Le 28 août il participe au combat terrible de Rocquigny où quatre enfants de Saint Amand vont laisser leur vie seulement 26 jours après avoir quitté leur famille et leur maison de Saint Amand !

Le 10 août, le 90ème régiment d'infanterie territorial (hommes de 34 à 49 ans) composé de 3 bataillons quitte la garnison de Magnac Laval et part à pied vers 16 h, sous une forte chaleur, embarquer à la gare du Dorat, direction gare d’Ivry.

A son arrivée, le régiment est affecté aux troupes composant le camp retranché de Paris, jusqu’au 5 octobre il effectue des exercices d’entrainement (marches, maniement des armes, etc).

Le 8 octobre, le régiment embarque à la gare de Versailles-Matelots à destination de Cherbourg où il embarque à destination de Dunkerque.

Le 12, il arrive à Eecke (Nord) et le 13 octobre, il atteint le mont des Cats où il est engagé dans la bataille des Flandres qui commence.

(Voir le carnet du soldat Sébastien Planchon qui raconte en détail la bataille des Flandres).

 

Les plus jeunes (20 à 23 ans) de l’armée active sont déjà sous les drapeaux, au 138° RI (caserne de Magnac Laval ou Bellac).
Le 138ème RI quitte ses garnisons pendant la nuit du 5 au 6 août pour embarquer à la gare du Dorat à destination de Villers Beaucourt, Marne. Sous une chaleur torride il traverse l'Argonne et fait route vers la Belgique. Le 21 août, engagé dans de violents combats, le régiment reçoit le baptème du feu à Pin Izel.